Pour me donner du baume au coeur, je lis les aphorismes samourai de Jocho Yamamoto. Les fans de Jarmusch et de RZA, l'architecte sonore du Wu Tang, connaissent l'Hagakure, un recueil de conseils à destination des guerriers célébrant la bravoure, le sacrifice et l'aveuglement face au danger.

« Il existe ce que l’on appelle «l’attitude pendant l’orage ». Quand on est pris dans une averse soudaine, on peut, soit courir le plus vite possible, soit s’élancer pour s’abriter sous les avancées des toits des maisons qui bordent le chemin. De toute façon, on sera mouillé. Si on se préparait auparavant mentalement, à l’idée d’être trempé, on serait en fin de compte fort peu contrarié à l’arrivée de la pluie. On peut appliquer ce principe avec profit dans toutes les situations. »

Les films de boxe me font un peu le même effet. Deux hommes (ou deux femmes comme dans « A million dollar baby » de Clint Eastwood), un ring, de la force, de l'angoisse, le dépassement de soi. C'est viril, brutal, une rencontre de Titan. L'un des rares sports ayant conservé une vraie dimension mythologique.Il suffit de voir Tyson pour s'imaginer un héros antique dans toute sa démesure.

Le film réserve quelques bonnes surprises même si l'ensemble, ce n’est pas un « bon » film et très loin de figurer dans mon top 50.

Synopsis du film Rocky Balboa

Adrian, la femme de Rocky est morte d'un cancer. L'ancien champion lui rend fréquemment visite dans le cimetière situé en haut d'une colline dans la ville des Roots, Philadelphie. Il y tient un restaurant italien où travaille des mexicains. La relation avec son fils n'est pas très bonne, ce dernier l'évite et souffre visiblement de ne pouvoir "tuer le père" admiré de tous. Un jour une emission TV oppose le champion de boxe actuel, un jeune black nerveux avec la légende italo américaine. Et devinez quoi ? La simulation de l'ordinateur donne Rocky gagnant et les spécialistes présents sur le plateau loue à grand renfort de qualificatif le jeu de Balboa. La suite est cousue de fil blanc : les agents du jeunes loups sentent le jackpot et contactent le vieux pour boxer avec le jeune dans un match d'exhibition au Golden Palace de Las Vegas. Après un entraitenement de quelques semaines, à courir avec un vieux clebards sauvés de la PSA, à cogner dans une carcasse de boeuf gelé et à porter de la fonte sur la musique habituelle, Rocky Balboa affronte le jeune afro-américain.

Critique du film Rocky Balboa

Le film est tres centré sur le personnage. Le combat n'occupe que le dernier quart du film. Filmés de manière très télévisuelle, les 10 rounds déçoivent. On ne retrouve ni la brutalité, ni la rapidité, ni le suspense d'un grand match. Peut être le film y gagne-t-il en réalisme ? Le traitement visuel : noir et blanc et ralentis peinent à donner de l'étoffe à l'ensemble. Les belles images vont aux personnages et à la ville, avec une mention spéciale pour Stallone un chapeau de cuir sur la tête assis sur une chaise en bois dans le cimetière.

On se retrouve finalement en regardant le film en écho parfait avec la trame du scénario : Le boxeur doit il ternir sa légende en livrant un dernier combat, faut il ternir la légende de Rocky en réalisant un dernier film ? La réaction du public est significative : ceux qui ont vibré devant les premiers jeux de jambes vibrent encore aujourd'hui sur la musique à donner des poings contre un invisible adversaire.

S'il lorgne sur le côté bon-mauvais qui fait de la saga Rocky un modèle très manichéen proche des films de Walt Disney, le dernier épisode se distingue légèrement. Rocky est toujours et plus que jamais le bon de l'histoire : bon père, bon veuf, bon boxeur, bon ami, bon citoyen italo-américain. Le mauvais a pour principal défaut d'être jeune et donc arrogant. La différence se fait aussi sur la nature du combat. Rocky n'affronte plus un adversaire physique (ou idéologique pour le cas du russe dans Rocky III), dans le dernier Stallone vieilissant s'affronte lui même, la légende de celui qu'il fut, la réalité du "vieillard" qu'il est devenu.

On n'a pas fini de voir Stallone courir dans le froid un bonnet sur la tête. Cela fait parti de notre univers collectif pour ainsi dire. Et aussi vrai que l'on s'est tous senti italien en le voyant affronter dignement ces adversaires, on continuera à considérer (à tort ?) Rocky comme le plus bel hommage du cinéma à la boxe.